Colloque organisé par le Centre Maghrébin d’Etudes Stratégiques en partenariat avec la fondation allemande konrad Adenauer Stiftung sous le thème : la Mauritanie : les défis d’instabilité et les exigences du développement.
Colloque organisé par le Centre Maghrébin d’Etudes Stratégiques en partenariat avec la fondation allemande konrad Adenauer Stiftung sous le thème : la Mauritanie : les défis d’instabilité et les exigences du développement.
Rapport sur le colloque
Première journée
Séance d’ouverture
Mot d’ouverture prononcé par Dr Didi O. Saleck, Président du Centre.
Dans son mot d’ouverture le Président du Centre a tenu à souhaiter la bienvenue aux personnalités prenant part au colloque et au public ici présent avant d’exprimer la reconnaissance de son institution à la fondation allemande pour l’intérêt qu’elle a toujours accordé à la Mauritanie à travers le soutien actif des acteurs de la société civile dans leurs efforts visant à approfondir et à consolider la transition démocratique du pays.
Avant de passer le micro au représentant de la fondation allemande, Dr Didi Ould Saleck a passé en revue les motifs derrière l’organisation du colloque et les grands axes qui seront débattus par les conférenciers tout au long des deux journées que durera le colloque.
A son tour, le représentant de la fondation, Dr Fouad kamouta a rendu hommage au Centre pour le travail qu’il fait pour aider les décideurs et la classe politique pour assumer les responsabilités qui sont les leurs par rapport à la transition démocratique que le pays vit depuis déjà quelque temps. Le représentant de la fondation allemande a rappelé à son auditoire la place de choix qu’occupe la liberté dans tout système qui se veut démocratique. Pour appuyer son point de vue, il a cité l’Allemagne comme un pays où pratiquement – selon lui – toutes les libertés fondamentales sont garanties.
Première séance
Président : Dr Mohamedou O. Mohamed Elmoctar
1er conférencier : Yahya O. Ahmed Al wakaf, universitaire, ancien premier ministre
Thème : gouvernance économique et développement
Pour le conférencier, le concept de gouvernance est à la fois ambigu et multidimensionnel.
Grosso modo, le terme renvoie à un cadre de coordination des politiques économiques sous la forme d’un partenariat entre l’Etat et les citoyens de manière à assurer à chaque partie la possibilité de s’acquitter pleinement de son rôle. Pour arriver à ce stade, il y a des pré-requis :
- L’existence d’un commandement ayant une vision stratégique
- L’existence d’institutions suffisamment efficaces
- L’existence de richesses nationales à même d’assurer le décollage de l’économie
- La stabilité politique de manière à attirer les investissements étrangers
Le modèle de gouvernance adopté par la Banque Mondiale et le Fond Monétaire International fait de la lutte contre la pauvreté son cheval de bataille à travers la participation des populations dans la gestion de leurs propres affaires.
Pour le conférencier, la gouvernance ne convient pas aux pays qui ne sont pas encore arrivés au stade de décollage économique, lesquels pays ont plus besoin de stabilité politique pour assurer la venue des capitaux étrangers nécessaires pour mettre la machine économique en marche.
Enfin, et pour défendre sa thèse, Ould Alwakaf a fait un rappel historique des politiques économiques depuis l’avènement des régimes militaires en Mauritanie et qui, selon lui, ont conduit à la situation catastrophique actuelle.
Intervenions et commentaires du public
- Mohamed Smail : le développement a deux conditions : stabilité politique et sécurité ;
- Yacoub O. Seif : les exposés doivent être présentés au public dans la langue dans laquelle ils sont écrits. Concernant le sujet, je pense que les activités scientifiques ne doivent pas prendre de coloration politique ;
- Abdelkader O. Hamad : la démocratie c’est important. Mais, malheureusement, la nôtre est, pour le moins, catastrophique. Car, au cours des échéances électorales, le vote des citoyens fait l’objet de toutes sortes de magouilles et le tribalisme refait surface et de plus belle. Notre démocratie a, donc, besoin d’être reformée pour pouvoir répondre aux attentes des citoyens ;
- Mohamed Ould Bourbousse : je remercie le Centre pour ce travail. Je trouve que les exposés sont très importants et touchent à des questions intéressant le citoyen. Mais, si nous prenons une dictature comme exemple, telle la Chine qui, d’après certains spécialistes, est en train de devenir la première puissance économique au monde, est – ce qu’on ne pas dire que la démocratie n’est pas une condition du développement économique ?
Par ailleurs, certaines composantes des populations, comme les Haratines ou encore les Nègres ne sont pas présentes ici dans cette salle, pourquoi ? Ces questions doivent intéresser tout le monde ;
- Cheikh Ould Bah : j’ai une anecdote. Il y a une non conformité remarquable entre la réalité et ce que disent les media. Et je pense que la solution de nos problèmes réside dans la mise en place d’un Etat de droit.
2ème conférencier : Abdallahi Ould Awah
Thème : relation entre gouvernance économique et développement
Tout d’abord, l’intervenant a voulu définir le concept de gouvernance qui, selon lui, s’intéresse à la participation des citoyens à la gestion et à la prise de décisions s’agissant des questions touchant directement à leur vie.
D’après lui, La gouvernance se caractérise par la transparence dans la gestion de la chose publique, la participation active des citoyens dans la prise des décisions ayant trait à leur vie, la primauté de la loi, la responsabilité, l’égalité, la qualification et la vision stratégique.
Pour assurer ces exigences, il faut:
- Instaurer un véritable Etat de droit
- Mettre en place un système politico – administratif respectant les règles du jeu démocratique
- Mettre en place une organisation administrative décentralisée.
3ème conférencier : Soufi Ould Cheibani
Thème : politiques d’exploitations des ressources naturelles et son impacte sur le développement
Dans son intervention, Dr Soufi Cheibani a présenté un exposé moins ou moins détaillé sur les diverses ressources naturelles dont dispose la Mauritanie et les différents déjà mis à l’épreuve pour les mettre en valeur.
L’exposant a aussi donné un bilan des résultats obtenus à l’issue des périodes suivant la vision politique et les critères fixés par les différents initiateurs. Il a aussi précisé que toutes ces expériences n’ont pas permis de tirer profit comme il se doit de ces ressources. Autrement dit, tous les plans conçus et mis en application n’ont pas conduit à une vision claire pour mettre ces ressources à contribution afin de relancer la machine de l’économie du pays.
L’orateur a déplorer le manque de sérieux et la négligence de la part de certains milieux en charge de la mise en œuvre des plans économiques.
Dr Ould Cheibani a également mis en cause les initiateurs de ces politiques pour avoir échoué à définir les priorités qui devraient présider au choix et à l’implémentation des politiques économiques du pays.
Il a terminé son exposé sur un ton assez pessimiste quant aux possibilités qu’il y a pour sortir le pays du marasme économique dans lequel il se trouve depuis quelque temps.
L’exposé a été suivi des commentaires et questions du public qui venu assister au colloque.
Intervenions et commentaires du public
- Mohamed Smail : le développement a deux conditions : stabilité politique et sécurité ;
- Yacoub O. Seif : les exposés doivent être présentés au public dans la langue dans laquelle ils sont écrits. Concernant le sujet, je pense que les activités scientifiques ne doivent pas prendre de coloration politique ;
- Abdelkader O. Hamad : la démocratie c’est important. Mais, malheureusement, la nôtre est, pour le moins, catastrophique. Car, au cours des échéances électorales, le vote des citoyens fait l’objet de toutes sortes de magouilles et le tribalisme refait surface et de plus belle. Notre démocratie a, donc, besoin d’être reformée pour pouvoir répondre aux attentes des citoyens ;
- Mohamed Ould Bourbousse : je remercie le Centre pour ce travail. Je trouve que les exposés sont très importants et touchent à des questions intéressant le citoyen. Mais, si nous prenons une dictature comme exemple, telle la Chine qui, d’après certains spécialistes, est en train de devenir la première puissance économique au monde, est – ce qu’on ne pas dire que la démocratie n’est pas une condition du développement économique ?
Par ailleurs, certaines composantes des populations, comme les Haratines ou encore les Nègres ne sont pas présentes ici dans cette salle, pourquoi ? Ces questions doivent intéresser tout le monde ;
- Cheikh Ould Baha : j’ai une anecdote. Il y a une non conformité remarquable entre la réalité et ce que disent les media. Et je pense que la solution de nos problèmes réside dans la mise en place d’un Etat de droit.
2ème séance
Président : Yahya Ould Ahmed Al wakaf
1er Conferencier : Dr Mohamed Ali Mohamed Saleck
Thème: relation entre stabilité et développement
Le conférencier a commencé son intervention en remerciant les organisateurs pour ce travail qui sert l’intérêt de tout mauritanien où qu’il soit, quel qu’il soit. Pour lui, la question du développement n’est pas seulement l’apanage des gouvernements, c’est un problème qui concerne aussi les citoyens et la société dans son ensemble.
Dr Mohamed Ali a tenté de circonscrire les causes du sous-développement en rappelant que l’économie ne doit pas être tirée par une seule activité, et que les ressources doivent être variées pour créer une dynamique capable de permettre un décollage réel de l’économie. Il a ajouté que les revenus mixtes n’incitent pas à l’épargne, ce qui fragilise les marchés. Il a également, cité parmi les causes du sous-développement :
- La dilapidation des ressources naturelles
- La faiblesse technologique
- La rétrogradation sur le plan administratif et culturel
- L’incapacité de l’Etat à mettre en place des institutions capables de créer un environnement où tout le monde peut donner de ce qu’il a pour que toutes les énergies participent à l’activation de l’économie,
- La gabegie
- La corruption sous toutes ses formes
- Le favoritisme
- Etc….
Après avoir passé en revue l’essentiel des handicaps, il a avancé un certain nombre d’idées qui, selon lui, peuvent aider à relancer l’économie. Parmi ces idées :
- La création de regroupements économiques
- La reforme du système éducatif, surtout au niveau du fondamental
- L’amélioration de l’action des institutions politiques et administratives
- La révision des habitudes en terme de consommation
- L’établissement de liens étroits avec les pays développés dans tous les domaines qui servent la relance économique
- La création des conditions capables d’attirer les capitaux étrangers
- L’élargissement de la base principale du revenu.
2ème Conferencier : Dr Mohamed Elmoctar Ould Moullil
Thème: diagnostic des facteurs d’instabilité politique en Mauritanie
A l’instar des intervenants qui l’ont précédé, Ould Moullil a tenu à remercier aussi bien les organisateurs du colloque que ceux qui y participent. Il a jugé utile de faire un rappel éclair de la situation générale qui se caractérise par une fragilité à tous les niveaux de la chaine formant les rouages de l’économie nationale.
Il a souligné, à ce propos, que l’instabilité politique constitue l’un des phénomènes spécifiques aux pays en voie de développement. Ce phénomène, dit – il, bien que vague et complexe, indique souvent:
- Que les gouvernements sont instables
- Que les lois et les textes régissant les investissements et les autres activités économiques sont tout le temps objet de révision et de modification de la part des gouvernements successifs
- Que les conditions de violences politiques sont là, visibles ou camouflées.
Pour se justifier, l’intervenant a énuméré certains indicateurs de l’instabilité, comme:
- La pauvreté
- Les conflits sociaux
- Les divisions politiques
- Les intégrismes
- La violence
- L’inégalité des chances
- Le déséquilibre des rapports entre l’Etat et les citoyens
- Les luttes entre les élites
- La lenteur dans le règlement des injustices
Interventions et commentaires du public
- El hassen Ould Mohamed : tout d’abord, je remercie le Centre et les conférenciers. Certes, notre système politique est instable, ce qui se reflète sur les rapports entre l’opposition et le pouvoir, lesquels rapports sont caractérisés par l’absence de confiance ;
- Mohamed Ould Mahfoudh : il n’y a pas de stabilité politique et le concept de citoyenneté est inconnu ;
- Saadbouh Ould Raghad : je constate l’absence de la moindre méthodologie, car un travail scientifique doit se baser sur des données empiriques ;
- Cheikh Ould Chawaf : j’ai l’impression que nous avons des ambitions démesurées par rapport à l’exercice démocratique, car nous sommes un pays dont les institutions sont fragiles et, alors, incapables d’imiter les autres ;
- Moctar Ould Dahi : évidemment, il ne peut pas y avoir de développement réel sans stabilité politique. C’est dire la nécessité du respect des stipulations de la constitution et la tenue des échéances électorales en conséquence ;
- Nagi Ould Mounir : j’ai l’impression que les causes directes et indirectes de l’instabilité ne sont pas suffisamment élucidées. Il ne faut pas négliger, à ce propos, que nous avons des facteurs de stabilité essentiels symbolisés par l’Islam, en particulier, le rite malékite. Par ailleurs, notre handicap principal par rapport à notre situation économique, c’est la négligence des ressources humaines ;
- Didi Ould Saleck : j’ai trois remarques concernant les facteurs d’instabilité:
- L’intégration sociale : recul des mariages mixtes
- L’éducation : l’abandon scolaire constitue le premier défi
- Les défis venant du Sahel et les politiques occidentales ;
- El weli Ould Sidi Haiba : nous sommes politiquement stables, mais, nos partis politiques sont personnalisés. Et pour garantir le développement et la stabilité, il faut pouvoir dépasser ces obstacles ;
- Soufi Ould Cheibani : la stabilité politique et la stabilité économique sont intimement liées. L’instabilité politique est le fait des forces armées souvent soutenues par des élites sociales ;
- Mohamed Ould Bourbousse : la stabilité est le réceptacle du développement. Notre problème réside dans la nature même des changements produits par ceux qui sont aux commandes du pays. Il réside, également, dans le maintien du système de castes hérités des traditions tribalo-féodales (haratines, griots …) ;
- Toutou mint Khattri : je pense que ces thèmes sont importants, surtout en ce qui concerne la question sécuritaire. Mais, je crois que le fait de résumer les facteurs d’instabilité interne en un seul élément, à savoir le facteur politique, n’est pas tout a fait convainquant ;
- Idoumou Ould Jiyid : le concept d’instabilité a besoin d’être révisé, car il ne peut pas être expliqué par le seul facteur de coups d’état militaires. Il importe aussi d’associer tout le monde pour assurer la stabilité.
3ème séance
Président : Dr Soufi Ould Cheibani
1er conférencier: Dr Mohamed Ould Abed
Thème : conséquences de l’instabilité sur les politiques de développement.
L’intervenant a commencé son exposé par un rappel de ce qu’il a appelé une vérité que le bon sens oblige à accepter, en l’occurrence, l’importance de la stabilité politique pour toute œuvre de développement économique.
Cette vérité, ajoute le conférencier, est surtout valable pour les pays qui n’ont pas de traditions étatiques, c’est – à – dire, la majorité des pays en voie de développement dont la Mauritanie.
L’orateur a délimité les objectifs de son exposé qui comprennent, entre autres :
- L’influence directe ou indirecte des changements politiques sur la confection, la mise en œuvre et les résultats des politiques économiques,
- La mise en évidence des risques que constitue l’instabilité politique aux yeux des bailleurs de fonds,
- L’analyse des résultats assez médiocres des politiques de développement au cours des dernières décennies…etc.
Monsieur Ould Abed a essayé de démontré que cette instabilité politique a comme conséquence directe la méfiance voire le refus des investisseurs de venir en Mauritanie. Cette situation a laissé son empreinte sur les différents secteurs de l’économie du pays et le climat général des affaires qui souffre de l’inertie des activités et la rareté de la liquidité, deux problèmes qui font que l’activité se trouve au point mort.
C’est sur ce constat pessimiste que l’intervenant a clos son exposé, en lançant un vibrant qui veut l’entendre pour redresser la barre avant qu’il ne soit trop tard.
2ème conférencier: Mohamed Saleck Ould Brahim, chercheur.
Thème: activités industrielles et extractives, quel impacte social et environnemental ?
L’exposé a voulu présenter les grandes lignes des sites miniers en Mauritanie, avec images à l’appui, en mettant en exergue les dangers qui pèsent lourd sur la faune et la flaure dans ces régions du fait de l’exploitation minière.
L’exposé a, à ce propos, mis en évidence certains des problèmes que rencontrent les populations abritant les installations des industries minières. Parmi ces problèmes, l’utilisation de certains produits chimiques qui ont des effets néfastes sur la vie.
Mais, malheureusement, les revendications des populations locales – premières victimes de ces effets – ne sont pas prises en considération par les autorités locales ou nationales. D’où la nécessité de mettre en place une législation qui oblige et les exploitants et les autorités à respecter les normes nationales et/ou internationales en matière d’exploitation minière.
Interventions et commentaires
du public dans la salle
- Mme Saadani khaytour
- : je vous remercie. J’ai trois points à souligner :
- L’inséparabilité du développement de la stabilité ;
- L’inertie apparente ne veut pas dire stabilité
- La hiérarchie sociale doit être objective.
- Mohamed Abdallahi Boullil : je voudrais ajouter une autre définition des industries extractives : il s’agit de ressources non renouvelables, ennemis de l’environnement, dont les prix sont instables ;
- Sidi Mohamed Ould Youba : j’ai constaté chez tous ceux qui ont prix la parole, un penchant pour qualifier notre pays d’instable. Mais, en réalité, ce n’est pas spécifique à notre pays. Aucun pays au monde n’est épargné d’évènements politiques plus ou moins radicaux qui, d’un moment à l’autre, perturbent sa stabilité;
Deuxième journée
Président : Dr Abdallahi Ould Awah
1er Conférencier : Yacoub Ould Seif
Thème : défis d’instabilité politique en Mauritanie
Le conférencier a, tout d’abord, remercié tous ceux qui ont contribué, de prés ou de loin, à l’organisation de cette rencontre. Ensuite, il s’est longuement étalé sur la situation économique du pays et les circonstances qui ont entouré et conduit à l’état dans lequel il se trouve. Il a dit que le concept de stabilité politique diffère de ce à quoi il renvoie dans le fait. Il a avancé comme illustration de sa thèse, le règne de Ould qui s’est installé dans la durée et qui, selon lui, a été marqué par des secousses de tous genres.
Dans cet ordre d’idée, ajoute – t- il, les formes de violence politique légale sont souvent l’expression d’une instabilité qui ne dit pas son nom. Il est, donc, impératif de créer une société qui partage un minimum d’objectifs, une société dont les composantes peuvent s’asseoir autour d’une même table pour discuter de leurs problèmes communs.
En effet, il faut se rappeler que la première question que les fondateurs de la république se sont posés concernait l’identité de la nouvelle entité. Ce problème de l’identité du pays et de la société a cédé la place au profit d’autres soucis qui ont préoccupé les élites tout au long des décennies qui ont suivi l’accession à l’indépendance. Il faut avoir le courage de dire que le besoin pressant de créer un Etat moderne sur les ruines des émirats et tribus a comme corollaire l’oubli – ne serait – ce que momentanément – des problèmes de la stratification sociale.
Par ailleurs, avec l’avènement de la démocratie, certaines pensées ont été marginalisées au profit d’autres (les nationalismes….)
Monsieur Ould Seif a affirmé que la démocratie n’est pas imposée par l’Occident et qu’elle a été donnée par Ould Tayaa, ajoutant que l’opposition n’a joué aucun rôle à ce sujet. Mais, l’un des défis qu’il envisage c’est la place que doit occuper l’institution de l’opposition au moment où la plupart des acteurs politiques tournent le dos aux crises qui secouent le pays.
2ème Conférencière : Marième mint Baba Ahmed
Thème : l’héritage servile : cohésion sociale et développement.
Mme Marième a, tout d’abord, rappelé que la question de l’émancipation des couches constitue l’un des sujets sur lesquels les spécialistes se sont divergés depuis longtemps.
Elle a énuméré un certain nombre d’obstacles qui se dressent sur le chemin des politiques et plans et projets mis en place et implémentés par les pouvoirs publics et les organismes concernés par la question.
Dans ce cadre, mint Baba Ahmed a indiqué que certains activistes dans le domaine des droits des minorités ont prôné la révision, ou plutôt la reconsidération de la réalité identitaire. A ce propos, elle s’est interrogée sur la consistance ou l’objectivité d’une telle revendication et les motifs de ceux qui en font une cause.
Elle s’est aussi interrogée sur les fondements mêmes et les principes sur lesquels ces courants idéologiques sont basés.
3ème conférencier : Mohamed El moctar Alaoui
Thème : la relation entre la stabilité et le développement
Monsieur Alaoui a ouvert son exposé un rappel socio – historique par lequel il a voulu introduire le rapport entre la stabilité et le progrès de la société humaine.
Il a expliqué que le besoin de vivre ensemble est dicté par la nécessité de garantir un climat de paix et de sécurité pour que les populations puissent travailler et faire travailler les outils et les moyens que leur procure la nature dans laquelle elles vivent.
Puis, l’orateur a rappelé que la naissance de l’Etat moderne a constitué un tournant sur le chemin du développement de la société humaine. Mais, cet Etat, comme toute créature, a ses exigences sans lesquelles il ne peut en aucun cas jouer le rôle qui est le sien.
Alaoui a énuméré certains des fonctions de l’Etat modern dont la protection des frontières, la défense de l’intégrité territoriale, la sauvegarde de la paix sociale…etc.
Ces obligations, parmi d’autres, font que l’Etat est le garant de la paix et de la prospérité des citoyens, ce qui veut dire que, si ces obligations ne sont assurées, c’est l’anarchie, donc, il n’y a pas de développement.
L’exposant a, rappelé, à ce propos, que les Nations Unies ont publié ces derniers temps nombre de rapports qui insistent sur la nécessité de lier le développement à la stabilité des institutions. D’ailleurs, toutes les interventions des organisations de l’ONU, dans le cadre de l’aide au développement, font état de cette conditionnalité, de ce rapport entre les deux côtés de l’équation : développement et stabilité.
Debat
5ème séance
Président : Dr Yacoub Ould Seif
1er Conférencier : Dr Isselmou Ould Mohamed
Thème: Les défis de développement et les risques d’instabilité
Au début de son exposé, l’intervenant a présenté une brève description de la situation économique du pays, une situation qui, d’après lui, est loin d’être aux beaux fixes, compte tenu de la rareté des financements et les problèmes structurels qui sont partiellement dus à l’absence de plans économiques dignes de ce nom, en plus, bien entendu, de l’improvisation qui caractérise la plupart des décisions.
Mr Isselmou a également passé en revu les traits saillants des différents obstacles qui freinent le développement économique, en mettant surtout, l’accent sur l’aspect politique et l’impacte néfaste de l’instabilité des institutions politiques tout au long des dernières décennies. Pour appuyer son point de vue, il a avancé certains des indicateurs de cette instabilité :
- L’absence d’un Etat de droit, qui milite contre les inégalités et les autres maux sociaux, et qui crée les conditions d’un vrai développement économique ;
- La nature de l’exploitation de l’espace géographique, d’où viennent tous nos problèmes ;
- L’accès au capital, car l’inégalité des chances des citoyens a force de loi, et l’exemple le plus éloquent en est le domaine foncier
- L’extrême pauvreté et la fragilité, qui est la responsabilité de tous ;
- L’enseignement, car nous commettons un suicide collectif en adoptant un système d’enseignement consacrant les inégalités (les élèves, les écoles, les enseignants…etc) ;
- Le chômage, car la plupart des diplômés ne sont pas recrutés et chaque année des nouvelles promotions viennent grossir les rangs de ceux qui manifestent presque quotidiennement devant les départements concernés par l’emploi ;
- Le niveau de la corruption, car le fossé se creuse chaque jour davantage entre une minorité s’accrochant aux pouvoirs successifs et la majorité des citoyens qui peinent pour assurer leur pain quotidien.
Interventions et commentaire du public
- Colonel Alaoui : Malheureusement, nos intellectuels ont la mauvaise habitude de ne considérer de notre passé que le côté négatif. Mais, la mauvaise exploitation de l’espace géographique est l’une des manifestations de la gabegie qui freine notre développement. Mr le Ministre a parlé de l’enseignement qui, selon lui, constitue l’un des principaux leviers de l’économie si son produit répond aux besoins du marché. C’est un grand cadre. J’aurai voulu qu’il nous parle un peu de son expérience et de la situation en Europe.
Réactions :
Mr Isselmou : je voudrais commencer par la question du Colonel. En Europe, il y a une crise réelle de chômage, mais, il n’y a pas de monopole de technologie. Il y a un problème de mévente très perceptible partout en Europe, qui, à l’instar d’autres continents, se trouve affectée par les tensions dans le monde.
Quant à l’enseignement, nous avons adopté deux systèmes parallèles : l’un est francophone pour les nègres, l’autre est arabophone. Cette situation a détourné l’enseignement de son objectif principal et a consacré la discrimination. Et nous continuons à payer le pot cassé de ces erreurs oscillant entre le remplissage des têtes et la formation des têtes.
2ème conférencier : Dr Taleb Moustapha Ould Haki
Thème : L’impacte négatif de l’instabilité politique sur l’attraction des investissements étrangers directs
Professeur d’économie à l’université de Nouakchott.
Les problèmes qui se dressent sur le chemin du développement économique dans les pays en voie de développement se multiplient et se diversifient face à la carence en ressources humaines qualifiées et en moyens financiers nécessaires pour satisfaire les besoins des projets de développement.
Aujourd’hui, le besoin est plus que jamais pressant pour ces investissements directs dont le rôle dépasse, et de loin, celui du transfert de technologie, ou tout autre facteur, c’est pourquoi ils font l’objet de toutes sortes de convoitise de la part des pays économiquement moins avancés.
Mais, il faut reconnaitre qu’investir dans un pays c’est prendre l’engagement de s’y installer pendant une durée donnée. En conséquence, les investisseurs posent en tête de liste de leurs exigences la stabilité des institutions avec lesquelles ils auront à traiter.
Il est, donc, inconcevable que les capitaux étrangers, quelque soit leur origine ou leur motivation, puissent durablement s’installer dans des régions connues pour leur instabilité, et encore moins, des pays où les autorités ne sont pas suffisamment légitimes pour prendre des engagements qu’elles peuvent honorer.
Dans ce cadre, il faut noter que les pays dits ‘de haut risque’ sont répulsifs des capitaux tant étrangers que nationaux qui élisent domicile ailleurs sous d’autres cieux moins troubles.
D’autre part, des études économiques ont démontré que l’investisseur, quand il décide d’aller dans un pays donné, il pense de prime abord, à la situation politique générale du pays d’accueil, à la nature des changements politiques qui peuvent avoir lieu, aux réglementations et textes qui régissent les activités économique……….etc.
Compte tenu de ces exigences, la Mauritanie a engagé des reformes et a pris un certain nombre de mesures allant dans le sens de la sécurité des investissements pour attirer davantage de capitaux étrangers afin de relancer son économie pour garantir la meilleure rentabilité possible des fonds injectés par les partenaires au développement.
Pour y voir plus clair, j’ai posé les questions suivantes :
- Quelle est la portée et le sens qu’on a donne à ‘l’instabilité politique’ ?
- Jusqu’à quel point l’instabilité politique conditionne l’investissement étranger ?
- Quel rapport entre instabilité politique et risque ?
3ème Conférencier : Dr Saadbouh Ould Raghad
Thème : instabilité politique et développement économique en Mauritanie
Le conférencier a, au début de son intervention, essayé de définir les termes de référence du sujet qu’il va aborder. Pour ce faire, il avancé que la problématique du développement économique a toujours préoccupé les gouvernements. Il a aussi voulu placer le sujet dans son contexte général, tout en définissant le concept lorsque cela est nécessaire pour cerner l’idée véhiculée par le message.
Ould Raghad a aussi rappelé que certaines études menées en Occident ont démontré qu’il y a un lien étroit entre l’efficacité et la justice. A titre d’exemple,
- L’aide au développement n’a pas conduit à la promotion et au développement, mais, elle a doublé la demande
- Les indicateurs indirects montrent que les années qui n’ont pas connu des coups d’état sont marquées par un taux de développement avoisinant le zéro.
- Le développement économique : le niveau de vie est fonction de la capacité de l’Etat à produire des marchandises.
Il y a d’autres études qui jugent que le sous-développement résulte principalement de l’instabilité politique et que les coups d’état militaires sont un indicateur de cette instabilité. A cela s’ajoute, sans nul doute, les violences qui accompagnent généralement ces coups d’état, comme ce qui s’est passé en Mauritanie de 1978 jusqu’aux années 1990.
Debat
Table ronde de clôture
حول: كيف نخلق ديناميكية للتنمية فى موريتانيا
Présidente : Dr Esmaa Abderrahmane
Introduction : Dr Didi Ould Saleck
Dr Didi a axé son intervention à l’ouverture de la table ronde sur des questions relatives à la situation économique du pays et les voies et moyens susceptibles de le récupérer des griffes du sous – développement, surtout que nous bouclons ou presque la boucle des pays les moins avancés, pour reprendre l’euphémisme en usage pour désigner les pays les plus pauvres du monde. Il s’est, aussi, interrogé sur la léthargie des élites qui semblent attendre une solution magique des problèmes qui intriguent tout un chacun.
Par ailleurs, il a avancé un certain nombre d’idées qui peuvent, selon lui, servir de tremplin pour sortir de la situation actuelle. Parmi ces idées :
- La prise de conscience de la nécessité de changer la situation du pays pour le meilleur. Mais, une telle prise de conscience n’est envisageable que lorsque le niveau de l’enseignement aura été relevé,
- La nécessité de reformer la structure et l’organisation administrative de manière à permettre une meilleure gestion des activités et questions directement ou indirectement liées à la vie quotidienne des populations, c’est – à – dire assurer ce qui suit :
- Une décentralisation associant les populations à la gestion des problèmes liés leur vie quotidienne
- Une reforme domaniale adéquate
- Une gouvernance politique permettant l’égalité des chances de tous
- Une gouvernance économique garantissant la répartition équitable de la richesse
- Une vision stratégique de la Mauritanie de demain.
Débat
- Saadani Kheytour : à mon sens, certains aspects non importants de la question de l’identité doivent être dépassés au profit d’une vision globale qui permettrait aux mauritaniens de vivre ensemble en toute symbiose, pour pouvoir construire un avenir meilleur sur des bases saines,
- Dr Abdallahi Ould Awah : je pense que, pour relancer l’économie, il faut nécessairement diversifier la production. Il faut également sensibiliser les citoyens sur l’importance du droit à la propriété. Quant à la question de la décentralisation, je pense qu’une telle décision doit faire l’objet d’un ensemble de mesures pour sensibiliser tant les populations que les agents de l’administration en charge de l’application sur le terrain d’une telle politique,
- Cheikh Ould Baha : ma question est la suivante : à qui s’adresse l’étude à réaliser? Je pense que les fondements d’un Etat solide ne sont pas encore jetés. Oui, Ould Dadah en a, peut – être, posés quelques uns, et Ould Tayaa ajouté quelques jalons, mais…
- Dr Mohamedou Ould Mohamed El moctar : la question que tout le monde se pose est la suivante : quelle Mauritanie veut – on bâtir? En réalité, tenter de répondre à cette question nous met devant des défis réels, surtout que chacun de nous se fait une image de la Mauritanie et s’y accroche pour de bon,
- Dr Essouvi Ould Cheibani : je pense que l’enseignement est la source de tous nos maux, pour cela, tout effort visant à activer l’économie ou harmoniser la société doit partir du principe que tout dépend de l’enseignement : il faut impérativement le reformer sans plus tarder, sinon, on risque le pire,
- Dr Sidi Mohamed Ould Youba : il est nécessaire de créer une nouvelle dynamique à même de relancer l’économie du pays. Pour ce faire, je préconise la création d’une structure de technocrates apolitiques dont la mission est de confectionner des études de manière à mettre en place une feuille de route qui nous permettrait de trouver des solutions pour les problèmes qui freinent notre développement économique,
- Mohamed Yahya Ould Sidi M’bareck : je crois que la solution de nos problèmes réside dans le remplacement de la tribu par l’Etat. Par conséquent, je propose que les nominations dans les fonctions de l’Etat soient faites sur des critères objectifs, loin du favoritisme et du clientélisme,
- Mohamed Ould Bourbousse : mon intervention comprend deux volets :
- J’ai bien dit que je suis arabe et que je n’ai pas besoin d’aller fouiller dans les origines,
- Je ne cherche pas à dramatiser les choses. Je pense que rétablir la confiance entre les différentes parties permettrait de résoudre tous les problèmes posés,
- Abdou Ould Ahmed Salem (journaliste) : du point de vue des Centres de recherche, la question de la reforme de l’enseignement est fondamentale. Il faut, aussi, rappeler que la maintenance et l’entretien des ouvrages réalisés demeure une question cruciale pour un développement durable,
- Dr Oumoukelthoum m/ Hamdinou : j’ai deux observations. La première concerne le contexte général du colloque, autrement dit, le rapport entre le développement et la stabilité politique, et la deuxième concerne les exigences du développement. Mais, à mon sens, il faut commencer par une reforme profonde – une refonte du système éducatif national. Une telle mesure exige un diagnostic exhaustif des maux auxquels le système fait face. En effet, la réalité de l’enseignement aujourd’hui confirme que nous sommes encore très loin d’avoir un système éducatif capable d’immuniser les citoyens contre les influences venant de tous bords, tout en leur permettant de connaitre leurs droits et leurs devoirs.
Le Centre Maghrébin, de son côté, compte diriger une enquête sur les inégalités sociales qui se dressent sur le chemin de l’intégration des différentes composantes de la population. Nous allons tenter, par tous les moyens, d’inculquer le contenu de la citoyenneté dans les esprits, car c’est là le vrai investissement humain.
La deuxième observation, quant à elle, concerne l’aspect social et la montée des revendications à caractère identitaire, un phénomène qui laisse son empreinte sur la cohésion entre les différents groupes. Je juge que la prise de conscience de cet aspect de la question identitaire aura comme effet positif de permettre d’avoir, enfin, une identité commune par laquelle il peut y avoir une justice sociale à même de mettre fin aux souffrances et injustices auxquelles sont soumis les groupes les plus vulnérables de la société.
J’attire l’attention, enfin, que le Centre entend réaliser une étude du terrain au sujet des effets de la stratification sociale en Mauritanie, nous souhaitons que les résultats de cette étude pourraient aider à trouver des solutions pour les problèmes posés.
A l’issue de la séance de débat, les travaux du colloque ont été clôturés sur un mot du Président du Centre dans lequel il a remercié les participants sur leur présence et leurs contributions dans le succès desdits travaux.
De son côté, Fouad Kamouta a remercié les organisateurs et les participants au colloque pour leurs efforts qui ont permis d’atteindre les résultats auxquels le colloque a abouti, souhaitant que le partenariat entre le Centre et la fondation se développe davantage de manière à servir le développement de la Mauritanie.
